Que lire avec votre bébé?

Lire un livre avec un tout-petit, vers 5/6 mois, c’est avant tout partager un moment avec lui. Un moment agréable d’intenses découvertes. La matière du livre, les couleurs, les pages qui vont dans un sens et dans l’autre en faisant un petit peu de vent, les personnages souriants et contrastés, les petites zones à toucher, les livres musicaux… Toutes ces découvertes sensorielles seront bénéfiques.
Bien sûr, le bébé ne va pas rester couché bien tranquillement à regarder les images et écouter votre histoire pour connaître la fin. Il va bouger et découvrir de tout son corps, lancer le livre, le récupérer…et vous serez là à chaque fois, avec vos images et vos mots.
Ce qui ne lui échappera pas, c’est la prosodie, la musique de votre voix. Il tournera les pages et remarquera que lorsque l’on revient en arrière, les mêmes pages réapparaissent. C’est très rassurant à un âge ou chaque expérience est un nouvel apprentissage!
Ensuite vous nommerez, il absorbera, vous chanterez, vous ferez les cris des animaux ou des moyens de transport et il rira aux éclats.

Entre 12 et 36 mois, dans le développement normal du langage, un enfant passe de quelques mots-phrases (« baba » = « à bras maman, j’ai besoin d’un câlin et que tu me changes la couche et qu’on finisse enfin ce pot de compote parce que j’ai de nouveau un peu faim » (promis, c’est vrai!)  à des phrases assez complexes.

A partir de 12 mois, regarder des livres et lire des petites phrases lui permettent clairement d’augmenter son bagage langagier et de s’entraîner à comprendre et produire des phrases complètes. Beaucoup d’albums prévus pour la tranche 12/24 mois comportent d’ailleurs des répétitions et des phrases courtes.
Si vous suivez le texte avec le doigt, il en fera de même et un jour, il comprendra que tous ces signes ont du sens.

Après 18 mois, il aimera tourner les pages et prédire la suite de l’histoire (il la connaît par coeur, vous l’avez déjà lue ensemble au moins 15 fois aujourd’hui!). Les mots s’installent encore, les phrases se construisent encore.
Il commence à avoir des centres d’intérêts, à avoir des images préférés. Il aime quand vous mettez de l’intonation, quand vous faites les voix.
Au niveau du langage, il peut comprendre les questions simples comme « où? » « qui? » et s’amusera à désigner sur l’image pour répondre à vos questions. Beaucoup de livres pour les enfants de 18 mois contiennent des petits clapets. Les enfants sont alors capables de comprendre qu’il faut y aller doucement pour ne pas les abimer et ils sont rassurés de voir qu’à chaque fois qu’on soulève ce petit clapet-là, il y a le même petit lapin par dessous. C’est l’occasion de favoriser le vocabulaire topologique (en dessous, au dessus, derrière, devant, à côté…) On a parfois l’impression que ça rentre par une oreille et que ça sort par l’autre, mais en fait pas du tout.
Je vous conseille de respecter le texte du livre, parce qu’il a été conçu exprès pour les petits, dans son vocabulaire, dans son phrasé, dans son rythme…

De 2 à 3 ans, vous pouvez lui poser de nouvelles questions, qui permettront d’associer deux mots. « Tu vois le chien? Qu’est ce qu’il fait? Il dort! Le chien dort! »
A cet âge là, les livres qu’il aime racontent son quotidien et donnent des idées. Aller sur le pot, jouer dans le jardin, avoir un petit frère, aller à la crèche ou à l’école, faire la sieste… Les phrases sont toujours simples mais plus nombreuses. De nouvelles notions apparaissent aussi comme les chiffres et le comptage, les couleurs…

Après 3 ans, le développement du langage est loin d’être terminé. Il doit encore se complexifier, dans le vocabulaire utilisé et la longueur des phrases. L’entrée à l’école donne un grand coup de boost. Des petites difficultés d’articulation peuvent apparaître mais pas de panique, il y a une super équipe de logos aux Chaperons (haha)
Pas de panique, la bouche est encore en train de « se former », et dans la plupart des cas, les petits soucis d’articulation disparaissent assez vite. Une des difficultés vient du fait que les phrases sont plus longues, ils ont envie de tout dire en même temps et paf, ça sort n’importe comment. Reformulez en phrases simples et en général, ça passe.
Sinon, ayez confiance en l’institutrice maternelle, qui est plus objective que vous face à votre petit bout et qui pourra vous indiquer avec diplomatie s’il est temps de donner un petit coup de pouce.
Revenons aux livres. Les phrases vont donc, comme dans l’acquisition du langage, se multiplier et se complexifier aussi bien dans la syntaxe que dans l’articulation. Des histoires de serpents qui sifflent, de trains qui soufflent en faisant de grands « tchhhhhh », des livres avec des sujets du quotidien qui permettent d’échanger « pourquoi penses-tu qu’elle pleure, cette petite fille? »  « et toi, qu’aurais-tu fait? »…

Après 5 ans, c’est une autre histoire, pour un autre jour 😉

La valise d’Osvaldo, pour apprendre à persévérer.

Un livre sur la confiance en soi, le courage, la persévérance, la poursuite de nos rêves au travers des obstacles que la vie peut dresser sur notre chemin, à commencer par nous-même.

Osvaldo décide un jour de partir réaliser ses rêves. Il les range soigneusement dans sa valise, du plus timide au plus fou.

Et il part. Le chemin est long, les sentiers sont escarpés. Lorsqu’il trouve enfin un endroit paisible pour réaliser ses rêves, un être énorme et épouvantable veut les lui prendre pour les manger.

Osvaldo ne se laisse pas faire, et dans la bagarre, la valise se rompt et les rêves s’enfuient.
Commence alors pour Osvaldo un travail de patience et de persévérance.
Il lui faut retrouver chaque rêve, les dénicher dans les petits endroits, les repêcher, raccommoder ceux qui sont froissés.

Osvaldo sort grandit de cette épreuve, au point de ne plus trouver aussi épouvantable ni aussi énorme l’être qu’il avait rencontré auparavant. Au point même de se lier d’amitié avec lui.

La voix se pose, sautille et se repose sur la superbe plume d’Emma Anticoli Borza. Les mots chantent et les enfants se laissent bercer par le rythme et les rebondissements de l’histoire.
Ils découvrent les illustrations poétiques d’Alessandra Vitelli, caressent les pages, chatouillent les rêves, racontent ce que pourrait être un rêve « fin et fragile comme du cristal » ou un rêve « jaune comme la fleur de moutarde », se fâchent comme Osvaldo contre l’être épouvantable.
Comme seuls les livres exceptionnels en ont le secret, petits et grands découvrent l’histoire différemment et s’en emparent à leur façon.
Une fantastique métaphore de la confiance en soi, de la persévérance, du combat et de l’apprivoisement de notre partie sombre.

Un monde d’imagination s’ouvre à l’enfant, quels sont les rêves qu’il veut réaliser ? Et si on les écrivait ou les dessinait sur des petits papiers pour les garder précieusement et en réaliser quelques uns, demain, après-demain ou dans dix ans ?

Texte d’Emma Anticoli Borza, illustrations d’Alessandra Vitelli

La valise d’Osvaldo, Editions Versant Sud