L’intérêt du jeu de stratégie dans les apprentissages

Ce gros dossier qu’est le jeu de stratégie! Je ne sais pas bien par où commencer cet article. Peut-être par parler de ma sensation – agréable – lorsque j’apprends quelque chose de nouveau.
J’ai récemment fait cette expérience, et c’était tellement génial! Toucher à quelque chose qu’on ne savait pas encore, sortir du quotidien et s’ouvrir à de nouveaux possibles.

J’ai la même sensation lorsque je découvre un jeu de stratégie. Ca aussi c’est quelque chose que j’ai découvert récemment. Sinon j’étais plutôt branchée jeux d’ambiance 6-8 ans à la maison et jeux éducatifs 4-10 ans au boulot.

A l’âge où l’on apprend tous les jours, on ne se rend pas compte de la richesse d’avoir un cerveau en état de fonctionnement. On apprend, on couche sur papier ce qu’on a appris, on gagne des points, on reçoit son bulletin, son diplôme… Puis on se met à travailler et à mettre en pratique ce qu’on a appris, et les occasions d’en apprendre davantage se font rares.

Le jeu de stratégie nous accueille dans sa difficulté parfois bien tarabiscotée, nous ouvre la porte l’air de dire “Accroche bien ton cerveau, ici c’est un peu le grand huit”… Puis lors de la 1ere partie, on râle, on essaie, on perd, on gagne grâce à la chance du débutant (en faisant comme si c’était exprès mais personne n’est dupe), on ne comprend pas trop ce qu’il se passe. On joue avec d’autres personnes, qui elles, ont déjà joué et disent des trucs du genre “mais noooon mets-la lààà ta pièce, comme ça tu fais ça, puis ça, puis moi je devrai faire ça du coup, puis comme ça et hop tu prends la mienne”. “Hein?”
On est circonspect parce qu’on a déjà du mal à réfléchir mais alors réfléchir avec 3 coups d’avance, non mais ho, m’énerffff ton jeu là!
On persévère. Puis petit à petit, on fait des liens, on s’y retrouve, on comprend, on voit ce qui ne varie pas et ce qui varie, on anticipe, on rate ce coup-là mais pas le suivant. Et on gagne.

Plasticité cérébrale, les amis!

On a appris un truc grâce à ce jeu, et notre cerveau est tellement content qu’il est prêt à recommencer! On rejoue et on devient imbattable! “Ch’te ez 1V1 à Quoridor” pour parler comme mon fils (Traduction? “Je gagne facilement (ez = easy) contre toi (1 versus 1), à Quoridor dès que tu le souhaites, maman chérie” Il a 12 ans, *soupir*)

La plasticité cérébrale c’est cette petite voix qui nous dit “Tout est encore possible dans ton vieux cerveau rabougri”.
La lueur d’espoir.
“Ce sont les mécanismes par lesquels le cerveau est capable de se modifier lors des processus de neurogenèse dès la phase embryonnaire ou lors d’apprentissages.” (Wikipedia – ouaiiis je casse l’ambiance mais on est pro ici hein!)

Voilà voilà! Conclusion, avec les jeux de stratégie, on apprend à notre cerveau d’une part, à aimer apprendre et d’autre part, à s’entraîner à apprendre. S’entraîner à se concentrer, à être attentif aux petites choses importantes, à inhiber ce qui n’est pas important, à faire des liens, à anticiper, à mémoriser, à planifier…

Vous la sentez venir, la références aux fonctions exécutives? Pour les personnes qui ne sont pas habituées au jargon: “les fonctions exécutives” (mémoire, inhibition, flexibilité, planification, attention) sont les socles de l’apprentissage. Si un socle est affaibli, les autres doivent compenser, mais ils sont tellement différents les uns des autres qu’ils ont vraiment du mal à compenser. On a la sensation, comme parent ou comme pédagogue, que l’enfant dépose littéralement ses acquis sur du sable et qu’il a donc beaucoup de mal à les retrouver et à les utiliser.

Les jeux en général, et les jeux qui font appel à l’apprentissage d’une stratégie en particulier sont un bon moyen d’utiliser agréablement les différents outils dont on a besoin pour garder notre plasticité neuronale, notre envie d’apprendre et nos compétences cognitives. Le jeu de société devrait tenir une place importante dans l’éducation et les rééducations pédagogiques, mais aussi dans le travail avec les personnes âgées et cérébro-lésées.

Petit instant promo, maintenant. Le 22 décembre, Up-toi, le fantastique centre de prise en charge interdisciplinaire à Ath, organise une journée de jeux de stratégie. Venez nous rencontrer et tester votre plasticité cérébrale 😉
Nous avons prévu des jeux basés sur l’apprentissage des différents mouvements aux échecs; Cotontige, la fantastique boutique, également à Ath, nous prête des jeux géants et de nombreuses boîtes seront à la disposition de vos cerveaux!

 

 

 

 

 

Creativity Battle. De l’imagination mais pas que.

Aujourd’hui j’ai une pensée pour les petits lapins qui s’en fichent des lettres. Qui ne savent pas pourquoi ça nous obsède tellement qu’ils sachent lire, écrire, écrire con-ve-na-ble-ment qui plus est!
Eux, leur imagination s’envole, ils transforment des couvertures en cabanes, des mannes à linge en prisons, des tables retournées en canoës, des livres en escaliers et des jolis cailloux en ingrédient secret de toute patouille qui se respecte.

Eux, parfois, ils ne tiennent pas en place. Il faut que ça bouge, il faut que ça pète, il faut que ça chamaille, il faut lancer, attraper, tourner, perdre la boule, recommencer..
Parfois ils contemplent et paraissent dans la lune et tout ce qu’on peut imaginer et plus encore se déroule bien à l’abri des regards dans l’écrin doux et riche qu’est leur esprit.

Pour eux, on se met en quatre. Parce qu’on est bien obligés de passer par la case “école”, par l’écriture -et pas des pattes de mouches, hein!- par la lecture -et il doit bien tout comprendre!- , par l’orthographe -il écrit comme il entend, ça ne va pas- … Pourtant, on aimerait bien leur laisser leur monde et se battre avec eux à grand coups de fausse baguette magique qui envoie des faux éclairs dans des faux coussins qui ressemblent à de vrais monstres!
On y ajoute que “les éclairs ressemblent à des zzzzzzz, tiens et au fait, tu connais des mots où tu entends zzzzz?”, que “Ce monstre-ci s’appelle Babibom, avec un mmmmm à la fin, et tu as entendu quel son juste avant le mmmmm?” et que “Oooh regarde, la baguette, on dirait presque un i avec une étoile à la place du point, on dessine la baguette en forme de i?” (parfois, mais c’est rare, on se prend un regard qui dit “Tu crois que je ne t’ai pas vue venir avec tes questions qui cassent l’ambiance?”)

J’ai eu un petit lapin comme ça, remuant, intriguant, adorable, qui en 1ere primaire, me dessinait Bob l’éponge avec tous les détails, sur le pantalon, les petits points pas tous de la même taille pour que ça ressemble à une éponge, avec une ombre dedans “parce que les trous sont profonds”, la forme de la bouche, les dents… tout y était. Moi-même, je n’aurais pas su mettre autant de détails. Par contre, impossible de savoir dans quel sens était ce foutu “b”, ou peut-être le “d”? ou le “p”? Bref. Il abandonnait net tout ce qui concernait la moindre lettre. Pas mon truc. Pas envie. Bof. J’aime pas. C’est nul ton truc. Ah non y a des lettres, j’y comprends rien, j’aime pas écrire.

Tout ça pour introduire ce jeu. Creativity Battle, de Londji.
Londji c’est mon gros coup de coeur esthétique. Je vous parlerai de “Roads” un jour. Une pépite de chez Londji aussi.

Et donc, Creativity Battle. Je l’ai depuis une bonne semaine et j’ai attendu de l’utiliser avec l’un ou l’autre patient pour voir où ce jeu pourrait nous mener. En gros, chacun a un carnet avec des photos d’objets, chacun a un crayon, on choisit une page de son carnet (le même objet pour chacun) et on décore l’objet. Un peu comme quand on transforme une couverture en cabane et les plantes en forêt tropicale, on enrichit ce qu’on voit, on sort du cadre, on invente. Puis on regarde les propositions des autres et on choisit celui qui a été le plus original. Ça c’est la version officielle.

Inutile de préciser que les pages ont été découpées et plastifiées pour rendre les photos réutilisables, que j’ai sorti mes plus beaux crayons Woody et qu’on a mis au placard le côté battle pour favoriser l’aspect coopératif.

Et quel plaisir de les voir comprendre qu’ils peuvent sortir du cadre! Utiliser le crayon non plus comme cette chose à dompter mais comme un allié qui va concrétiser leur imagination!

A partir de là, tout est permis et les lettres ne sont plus ce matériel ennuyant qui les rend perplexes et qui les laisse trop souvent dans l’échec. Décorer une pêche d’une dizaine de A pour la transformer en hérisson, décorer des boutons d’une dizaine de p pour les transformer en nuage avec de la pluie (j’aurais dû prendre des photos de ceux-là mais nous étions tellement dans la spontanéité que je n’y ai pas pensé)… La pensée s’ouvre avec bonheur et accueille ces nouvelles représentations mentales les bras ouverts, c’est la base-même du ludico-pédagogique.

Alors que certains enfants n’aiment pas l’image que renvoie leur dessin, ce jeu les libère de la pression qu’ils se mettent parfois quand ils laissent une trace. On peut effacer (souvent, c’est un argument de taille) et l’image est déjà jolie à la base, ils n’ont plus qu’à l’enrichir sans forcément utiliser d’éléments complexes. Quelques boucles par dessus des crayons de couleurs et voici une rue et ses maisons colorées d’où sort de la fumée, deux cercles par dessus une banane et voici un joli personnage (“Tiens et si on lui inventait un prénom? Tu l’écrirais comment?”)

On va donc travailler sur plusieurs choses en même temps:
– sur ce qui fait que les enfants n’aiment pas trop laisser une trace quand ils sont en échec avec l’écrit. On leur permet de lâcher prise.
– sur les différentes représentations d’une lettre et sur la représentation mentale de cette lettre dans des contextes qui sortent de l’ordinaire.
– sur le graphisme, en proposant des consignes (“tiens et si tu ne pouvais utiliser que des boucles pour décorer cette photo? que des lignes verticales?”)
– sur différents aspects (phonologie, orthographe lexicale, syntaxe, tout ce qu’on veut) via des questions précises et ponctuelles qu’on leur pose alors que leur cerveau est en pleine ouverture/création.

Pourquoi passer par le jeu? Parce que sinon c’est pénible, je n’ai pas fait toutes ces études pour m’ennuyer 10h par jour. Parce que l’enfant apprend mieux de cette façon. Le jeu permet de donner un sens à ce que l’enfant apprend. Une fonction. Le plaisir éprouvé permettra d’utiliser ces apprentissages dans d’autres contextes de la vie quotidienne. Le jeu améliore les compétences sociales et cognitives et permet à l’enfant d’évoluer sereinement dans un environnement changeant. Il aura appris en toute confiance à développer des stratégies, à s’adapter de façon créative, à collaborer et à apprendre de ses erreurs.
Autant le stress et l’anxiété bloquent les compétences, autant le plaisir et la créativité ouvrent l’esprit aux nouveaux apprentissages.

Comme d’habitude, j’ai dégoté ce petit bijou chez Cotontige, à Ath 🙂

Pour les instits: adapter facilement le quotidien des élèves dyslexiques en classe

Il y a depuis quelques semaines, et comme à chaque début d’année scolaire, une énorme demande de logopédie. Il y a également, et je suis tellement heureuse de le constaster, des instituteurs et institutrices terriblement investi.e.s . qui me contactent directement ou demandent aux parents une liste des aides qu’ils peuvent mettre en place dans la classe.

D’abord, un petit rappel hyper-condensé-à-la-grosse-louche. La dyslexie est similaire à un court-circuit dans l’identification automatisée des mots écrits. Elle est la conséquence d’un défaut de maturation de deux processus neuronaux bien distincts: le processus phonologique (qui permet d’identifier les sons du langage) et le processus visuel (qui permet d’identifier les lettres écrites) (Etude de Ducan Milne)

Il n’y a pas une seule dyslexie. Elle peut atteindre les capacités d’assemblage et/ou les capacités d’adressage.

Elle est souvent accompagnée:
– de difficultés dans l’espace,
– de difficultés visuo-attentionnelles
-de  problèmes d’organisation.

Y’en a un peu plus, je vous l’mets quand même ?

Des difficultés dans l’écriture et dans l’orthographe font aussi souvent partie du « pack ».

Ce couac dans l’identification automatisée force les personnes dyslexiques à passer par la voie d’assemblage (b + a = ba) , ce qui est évidemment normal en début de 1ère primaire, mais qui devient handicapant lorsqu’il s’agit de lire des sons complexes (o + n = “on” et pas “one”). Pas évident non plus lorsqu’il s’agit comprendre des phrases et des textes. Toute l’énergie disponible est utilisée pour déchiffrer le texte, au détriment du sens. Alors quand en plus, on ajoute une petite touche de difficultés dans l’attention visuelle, et un soupçon de troubles de l’organisation spatiale, on se retrouve avec des inversions de lettres, de syllabes, des oublis de lettres, des confusions visuelles (n/u, p/q/b/d, m/n), etc.
Généralement, il faut de plus, rester bien assis sur sa chaise, alors qu’on galère et qu’on a juste envie de s’aérer, boire un peu d’eau et reprendre ses esprits… Et en plus, il y aura des devoirs ce soir. Pas facile, la vie d’écolier !

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